lundi 13 août 2007
Import-export
Gabriel Fauré - Nocturne n°1 op. 33
Cela fait un peu plus de trois ans que je n'ai quasiment aucune nouvelles. Son meilleur ami est venu d'Allemagne me rapporter mon harmonium. Cet harmonium, c'est tout une époque de ma vie. Pas l'instrument en tant que tel, mais tout ce qu'il y a autour et ce que j'y projette. Cet harmonium, c'est tout à la fois mes premières vacances illicites, mes premières vacances de gosse de riche dans les suites de l'île de Sylt, puis de manouche en camping-car, de sauvage liberté, mon road 66 à moi. J'ai goûté à tout ce qui m'effrayait, toujours plus loin, toujours plus interdit, toujours moins de sommeil, "geht's nicht, gibt's nicht".
Le salaud, il ne rapporte pas seulement l'harmonium, il me livre en même temps le mal de l'Allemagne, tout ce que j'y ai vécu et tenté d'oublier. Et cette satanée musique des années Conservatoire me revient tout de go. Un nostalgique nocturne de Fauré. Quelque chose de doux, de lancinant, qui colle au clavier, au coeur, à la peau, gluant, suintant, trop proche, ne va pas plus loin ou je t'en colle une.
Maintenant, il n'y a plus de souvenir, jusque quelques phrases, quelques mots et beaucoup de sentiments. Surtout ceux qui font mal, parce qu'ils vous font à nouveau espérer... C'est la tristesse que le sombre messager me lègue aujourd'hui. Il me l'a livré en express, c'est bon, il peut repartir en Allemagne.
Si l'amour dure trois ans, j'eus bien aimé qu'il en fût de même pour le chagrin d'amour...
samedi 11 août 2007
Cioran, L'anti-prophète (in Précis de décomposition)
"Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s'éveille il y a un peu plus de mal dans le monde...
La folie de prêcher est si ancrée en nous qu'elle émerge de pro- fondeurs inconnues à l'instinct de conservation. Chacun attend son moment pour proposer quelque chose: n'importe quoi. Il a une voix: cela suffit. Nous payons cher de n'être ni sourds ni muets...
Des boueux aux snobs, tous dépensent leur générosité criminelle, tous distribuent des recettes de bonheur, tous veulent diriger les pas de tous: la vie en commun en devient intolérable, et la vie avec soi-même plus intolérable encore: lorsqu'on n'intervient point dans les affaires des autres, on est si inquiet des siennes que l'on convertit son "moi" en religion, ou, apôtre à rebours, on le nie: nous sommes victimes du jeu universel...
L'abondance des solutions aux aspects de l'existence n'a d'égale que leur futilité. L'Histoire: manufacture d'idéaux..., mythologie lunatique, frénésie des hordes et des solitaires..., refus d'envisager la réalité telle quelle, soif mortelle de fictions... La source de nos actes réside dans une propension inconsciente à nous estimer le centre, la raison et l'aboutissement du temps. Nos réflexes et notre orgueil transforment en planète la parcelle de chair et de conscience que nous sommes. Si nous avions le juste sens de notre position dans le monde, si comparer était inséparable du vivre, la révélation de notre infime présence nous écraserait. Mais vivre, c'est s'aveugler sur ses propres dimensions... Que si tous nos actes -depuis la respiration jusqu'à la fondation des empires ou des systèmes métaphysiques -dérivent d'une illusion sur notre importance, à plus forte raison l'instinct prophétique. Qui, avec la vision exacte de sa nullité, tenterait d'être efficace et de s'ériger en sauveur?
Nostalgie d'un monde sans "idéal", d'une agonie sans doctrine, d'une éternité sans vie... Le Paradis... Mais nous ne pourrions exister une seconde sans nous leurrer: le prophète en chacun de nous est bien le grain de folie qui nous fait prospérer dans notre vide.
L'homme idéalement lucide, donc idéalement normal, ne devrait avoir aucun recours en dehors du rien qui est en lui... Je me figure l'entendre: "Arraché au but, à tous les buts, je ne conserve de mes désirs et de mes amertumes que leurs formules. Ayant résisté à la tentation de conclure, j'ai vaincu l'esprit, comme j'ai vaincu la vie par l'horreur d'y chercher une solution. Le spectacle de l'homme, -quel vomitif ! L'amour, -une rencontre de deux salives... Tous les sentiments puisent leur absolu dans la misère des glandes. Il n'est de noblesse que dans la négation de l'existence, dans un sourire qui surplombe des paysages anéantis.
Autrefois j'avais un "moi"; je ne suis plus qu'un objet... Je me gave de toutes les drogues de la solitude; celles du monde furent trop faibles pour me le faire oublier. Ayant tué le prophète en moi, (Comment aurais-je encore une place parmi les hommes ?)
Droit des peuples à disposer d'eux-même...
lundi 6 août 2007
Vacances en famille
vendredi 3 août 2007
Sélection officielle des meilleurs textos
Classe: J'ai oublié de te dire, c'est fini
Sensuel: J'ai envie de (parler avec) toi
jeudi 2 août 2007
De l'introduction et de la conclusion
D'ailleurs, d'une manière générale, j'aime les personnes agées. Et les enfants. Entre les deux, point de salut, les gens m'inintéressent au possible, ils ne se cherchent plus, ils construisent: c'est juste le déroulé de leur introduction.
Les enfants sont encore très libres, ils ne sont pas encore tombés dans l'indifférence, ni dans la "catégorisation", tout est source d'intérêt pour eux. Et les personnes agées, qui naturellement font un bilan de leur vie, réfléchissent comme les enfants au sens réél de la vie...
Et tristement, je m'enfonce dans l'âge adulte, armée de toutes mes certitudes, convictions et autres conneries. Vivement la vieillesse, pour que je me dise qu'"on ne sait jamais" (une chanson de Gabin que ma grand-mère a joué pour son anniversaire).
Pour en revenir aux relations petite fille-grand-mère, qui n'a pas au fond de lui l'image d'une poupette qui apprend la vie à sa petite fille, lui refile les bons tuyaux?
Même si elle n'a rien à voir avec une poupette déjantée (à part le don de la musique, dont elle m'a refilé le virus), et ressemblerait même plutôt à la Reine Mère (c'est comme cela qu'on l'appelle dans la famille), ma grand-mère est une personne incroyable, dotée d'un instinct de vie inépuisable. J'ai un plaisir fou à la retrouver et à jouer avec elle: comme on lui dit souvent qu'elle ressemble à Denise Gray avec ses grands yeux bleus, et moi, à Sophie Marceau, alors nous poussons le vice jusqu'à nous retrouver à la Coupole et à jouer ensemble cette comédie. J'aime partager ces clichés avec elle.
Il doit y avoir de cela, dans l'amour, aimer jouer le cliché de la relation.
