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mercredi 4 novembre 2009

Les cris de l'oral

Pourquoi est-il si difficile d'exprimer le sentiment vrai et pur à l'oral sans ironie ? Pourquoi toute oralité détruit d'un coup la beauté d'une parole ? Pourquoi l'écrit, au contraire, est-il le seul à retranscrire fidèlement le sentiment, sans éprouver de honte ? L'écrit est pour moi le seul endroit de ma vérité. Voilà pourquoi écrire est sans doute si essentiel pour moi.

Il me reste toujours ce roman à écrire d'une relation muette entre un homme et une femme. Une relation qui ne s'exprime qu'à travers l'écrit et le corps. Une relation droit dans les yeux, droit au but, droit dans ses bottes. Parler au coeur directement.

dimanche 14 décembre 2008

Temps qu'à faire

La vie est vaine, voilà une chose dont personne ne doute plus. Tout ce que nous y faisons aussi: aucune sorte d'intérêt. Seuls quelques hommes suffisent à faire tourner le monde, seuls quelques hommes font ce monde et restent vivant après leur mort. Et les autres? Ils fabriquent d'autres petits êtres humains, à défaut d'avoir été quelqu'un qui fit avancer quoi que ce soit...

Alors, plutôt que de ne rien faire de plus, autant en profiter pour soi. Dans cette entreprise, je suis ravie de me remettre à la musique. Pourquoi la musique, plutôt qu'Internet, le ciné, le théâtre ou la télé? Pourquoi pas, ca ne fait rien de plus à personne, mais je me dis que tant qu'à dépenser du temps à quelque chose, autant le faire dans la musique. Sans raison. Seulement par goût. Pour passer le temps. Le temps n'existe plus quand je joue du piano, c'est une parenthèse qui arrête ma vie sur musique. Et j'aime ces moments parfaits qui réussissent à m'abstraire du temps. Je le déteste, mon ennemi temps, et je suis heureuse de parfois lui résister, de l'oublier.

lundi 22 septembre 2008

Comme d'hab, des musiques me reviennent en tête comme pour sous-titrer ma vie...

Je sens des boums et des bangs
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
A pleurer les larmes dingues
D'un corps que je t'avais donné

J'ai sur le bout de la langue
Ton prénom presque effacé
Tordu comme un boomerang
Mon esprit l'a rejeté
De ma mémoire, car la bringue
Et ton amour m'ont épuisé

Je sens des boums et des bangs
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
A s'aimer comme des dingues
Comme deux fous à lier.

Sache que ce cœur exsangue
Pourrait un jour s'arrêter
Si, comme un boomerang
Tu ne reviens pas me chercher
Peu à peu je me déglingue
Victime de ta cruauté

Je sens des boums et des bang
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
A t'aimer comme une dingue
Prête pour toi à me damner

Toi qui fait partie du gang
De mes séducteurs passés
Prends garde à ce boomerang
Il pourrait te faire payer
Toutes ces tortures de cinglés
Que tu m'as fait endurer.

Je sens des boums et des bangs
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
C'est une histoire de dingue
Une histoire bête à pleurer

Ma raison vacille et tangue
Elle est prête à chavirer
Sous les coups de boomerangs
De flash-back enchaînés
Et si un jour je me flingue
C'est à toi que je le devrais

Je sens des boums et des bangs
Agiter mon cœur blessé
L'amour comme un boomerang
Me revient des jours passés
A pleurer les larmes dingues
D'un corps que je t'avais donné

mardi 17 juin 2008

Antan en emporte le vent

C'est drôle de regarder comment les petits enfants se racontent ou s'expliquent leur histoire. Etudier la mythologie archaïque de tout un chacun, c'est peut-être retrouver ce qui a motivé les mythologies d'antan.

Et de me souvenir de cette chose étonnante: la manière dont une de mes amies a expliqué, toute petite, l'abandon par son père. Elle n'avait pas du tout compris qu'il était parti en lâche de la maison. Pour elle, il avait dit "non" le jour du mariage avec sa mère. Et ce n'est que bien plus tard qu'elle comprit la vérité.

Elle avait, contre ce qu'on lui imposait, magnifié l'acte de ce père absent. Il était le véritable héros, qui, seul contre tous, avait su dire non... Ce n'était pas bien, ce qu'il avait fait et elle savait qu'il lui fallait le penser, mais elle admirait secrètement le geste tel qu'elle l'avait interprété.

samedi 7 juin 2008

Et si, et si...

Si j'étais producteur, il y a bien longtemps que je l'aurais fait monter sur les planches. Certaines personnes ont des talents rares, qui mériteraient d'être connus. Celle-là, je l'aurais placé dans un one-man show tragi-comique, dans une pièce si éxagérement triste que l'effet s'inverserait en fou rire permanent. Cette autre, je l'aurai bien vu relancer un mouvement encore confidentiel de la musique mais qui aurait pu prendre: la remise au goût du jour de musique des années 40 version samplée (Princess Crocodile par exemple). Elle a du moins cette touche "petite femme française des quartiers populaires" et on la verrait bien chanter "Mon homme". Cette autre, il faut qu'elle se dirige vers la recherche, c'est une évidence. Ce n'est pas encore son choix, j'espère qu'elle le comprendra à temps, c'est-à-dire avant les enfants.

Et moi, quel est donc mon autre talent que de repérer celui des autres? Pauvre Grenouille du Parfum, incapable de se sentir soi-même, et qui a du développer une surcapacité à comprendre ou imaginer comprendre le talent des autres pour voir où était le sien... Car mon seul talent serait de repérer ces talents, de donner par là une vue sur ce qu'est mon monde, différent de celui des autres mais dans lequel d'épanouit un désir encore inconscient de ces mêmes autres. Faire émerger l'inconscient collectif, pas moins, mettre un mot sur une chose encore inexistante verbalement, mais qui existait confusément à l'état de germe.

dimanche 1 juin 2008

Pourquoi?

Je croyais que tu m'aimais pour mon cynisme et mon air désabusé. Et puis, un jour, tu m'as révélé que tu aimais au contraire mon regard sérieux et respectueux, mon regard aimant.

lundi 26 mai 2008

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

En essayant de savoir combien mon assiette pouvait contenir de verres d'eau (3 verres Nutella tiennent dans une assiette Habitat au demeurant), je me suis rappelée de ce merveilleux jeu qui a occupé beaucoup de mes mercredis après-midi: il s'agissait de tremper des rouleaux de papier toilette vides dans l'eau jusqu'à ce que les morceaux de carton se désunissent naturellement. Il fallait ensuite laisser sécher les "feuilles" de carton ainsi obtenues, chacune formant un losange avec sa couleur particulière, du beige clair au gris foncé. Quel bonheur de chaque instant! Et je ne vous parle pas des rouleaux de papier sopalin (en fait, je les aimais moins car les feuilles étaient trop grandes et beaucoup plus rigides, je préférais la souplesse des rouleaux de papier toilette...). Je suis très heureuse de retrouver ce petit jeu, complètement oublié, va sans dire

Voilà ce qu'on perd en grandissant, la capacité à s'émerveiller...

mercredi 23 avril 2008

J'ai toujours rêvé de reproduire la magique mécanique d'un distributeur de canettes. Toujours fascinée par cet objet merveilleux, j'ai tenté d'inventer des distributeurs. En vain.

dimanche 9 mars 2008

Babel et le langage universel Mac Do

En quête de sensations fortes et de nouvelles découvertes, j'ai décidé de tester un Mac Do à Chicago; un big mac pour être plus précise. Je suis heureuse de découvrir qu'à quelques 7058km de distance, le goût de mon Big Mac préféré n'a pas changé. Pleine de naïveté, je me demande si ce sera le cas à Tucson et à New York...

La ville de Chicago, en elle-même, est superbe et a cette espèce de beauté glacée (au sens propre comme au figuré: hier, -10°C) que lui confèrent les immeubles tout de miroirs vêtus. Ils semblent être les seuls habitants géants de la ville, et je me promène parmi eux dans des rues désertes, comme un nourisson entouré d'adulte: oui, vraiment, ils en imposent ces skyscraper, je n'ose pas trop les aborder de front de peur que la Sears Tower ne me toise de sa hauteur ou que la Water Tower ne laisse échapper un dragon. La Tour de Babel n'a qu'à bien se tenir!

dimanche 23 décembre 2007

J'aurais voulu être un chercheur...

Je me suis perdue en route... Une série de mauvais choix, un ratage scolaire.

Ce matin, en me réveillant, je suis incapable d'expliquer pourquoi j'ai fait des études de lettres. Hier, j'ai rédigé le compte rendu de scolarité pour mon école de commerce et du justifier de la cohérence de mon parcours. J'ai encore réussi.

Mais ce matin, je suis triste, car je vois bien que je n'ai pas fait le bon choix… La nuit a travaillé mon cerveau, comme d'habitude, et je sais que j'ai menti aujourdh'ui. Menti pendant 7 ans. Je n'aurais pas voulu être un artiste: c'est même tout le contraire. J'aurais voulu être scientifique, j'aurais voulu décoder le code génétique.

J'ai un esprit particulier, très particulier, et je ne l'ai pas vu. Ou si, je le savais, mais j'ai préféré l'ignorer et me conformer à un idéal sociétal que je situais hors de ma sphère de maths et de beautés abstraites. Et cet idéal n'est pas moi.

J'aurais du voir que j'étais différente alors que toute petite, je jouais aux lego technique et passais mon temps à faire des inventions. J'aurais du voir que ce qui m'avait passionné dans un de mes jeux vidéo, n'était pas le jeu vidéo en lui-même, mais le fait de trouver la loi qui dirigeait tous les codes secrets me permettant d'accéder à tous les niveaux du jeu. J'aurais du voir que mon jeu préféré n'était pas les mots croisés mais le jeu des différences. J'aurais du comprendre que l'histoire et les histoires ne me plaisaient pas. J'aurais du ne pas ooublier tous les "Il était un fois la vie" que je dévorais, tous les "C'est pas Sorcier" que je ne ratais pas. J'aurais du comprendre, alors que j'achète avec une régularité déconcertante le magazine scientifique Cerveau et Psycho. J'aurais du comprendre, alors que le deuxième de la classe en maths, lui, a fait Polytechnique. J'aurais du ne pas oublier mon 16 en bio au bac, et mon intérêt en seconde pour les cellules totipotentes qui me semblait alors l'avenir de la biologie, ce qu'elles sont devenus. J'aurais du M'accorder plus d'importance, mais je considérais tous ces choix si originaux comme des excroissances ratées, or qu'ils étaient moi...

J'aurais voulu découvrir une loi dans le domaine de la santé... Et je suis triste de savoir qu'il y a un cerveau qui attend, un cerveau particulier, un cerveau fait pour la recherche en génétique...

Il faut écouter les choix d'enfant que l'on fait car ce sont eux, les plus importants.

lundi 26 novembre 2007

Dédicace à l'au-delà

De bonne humeur, j'avais les romances sans paroles de Fauré en tête et me voilà à repasser le génial disque interprété par Jean Doyen, père de feu mon ancienne professeure de piano. Comme tous les gens que j'ai toujours rencontrés dans ma vie, elle était encore une fois atypique. D'une sensibilité si forte qu'elle en était touchante, j'ai aimé ce personnage qui se cachait, à l'ombre de ce papa qui a du prendre trop d'espace...

Un père génial... Comment s'en sortir? Un père capable de passer d'une valse de Chopin à une autre en bifurquant subtilement d'une tonalité à l'autre, sans que l'amateur ne pût s'en rendre compte, capable d'improviser, d'interpréter, de déchiffrer à vue, capable de tout, capable d'utiliser la musique comme un langage à part entière, sans contraintes de sens (ou presque, c'est un autre débat).

A trois ans, elle commencait le piano, à 5 ans elle suivait l'école par correspondance pour se consacrer au piano, à 14 ans, elle était diplômée du CNSM. Elle a joué pour des radios, fait des concerts, a suivi les dignes traces de son père sans pouvoir se faire un nom.

Quand je l'ai trouvé à 55 ans, elle ne jouait presque plus. Du Fauré, elle jouait encore du Fauré, revivant encore de loin certains temps de gloire... Elle n'avait plus que cette sursensibilité qui la faisait entendre les moindres subtilités musicales, et puis ces paluches si grandes comme elle les appelait. Et l'alcool pour oublier, comme tous les génies ou tous ceux qui ont une autre idée de la vie.

Encore un personnage à remercier avant de mourir... Je ne sais pas ce qu'est devenu son beau piano à queue, elle n'avait pas d'enfant. Je ne sais pas ce que sont devenus ses trois chats et ses deux chiens, c'étaient ses seuls enfants. Je ne sais pas ce qu'est devenu cet appartement à faire peur les petits enfants, tant il était envahi par les plantes et les tableaux abstraits et violents qu'elle peignait. Quel personnage avec sa crinière rousse, jusqu'à rouge quand elle la ratait! Des vêtements toujours plus extravagants, comme pour crier j'existe, mais ne venez pas me toucher. Elle m'a touchée, et j'espère l'avoir touchée.

Elle m'a aidée. Personnelement aussi, nous avons bu tant de coup ensemble après les cours! Je me souviens des périodes d'examen où c'est à peine si je ne dormais pas chez elle. Je me souviens d'un moment magique, où je connaissais tant mon morceau et où nous travaillâmes si fort qu'il n'y avait plus de rapport prof-élève, mais véritablement fusion par la musique... Un moment vraiment inénarrable, et il n'y a que moi sur cette terre qui ai vécu ce moment, je le garde jalousement.

J'ai échoué lamentablement à cet examen là. Celui pour lequel j'avais tant travaillé et tant rêvé à la mention à l'unanimité: le verdict était tout net et me fût rapportée d'une amie, car j'avais soigneusement essayé d'évincer l'évènement: "floppée de fausses notes"...

Mais du canard boiteux que j'étais en arrivant au Conservatoire, j'ai réussi à me faire ma place, et quelle place! J'avais 15 ans quand j'ai commencé le piano, 17 quand je suis rentrée au Conservatoire, six mois plus tard, je sautais 5 classes en piano, tandis que mon niveau de solfège était celui d'un enfant de 10 ans... Je me souviens encore que le seul examen que le professeur de solfège me fît passer pour entrer au Conservatoire était de reproduire à l'oreille une mélodie au piano... Pas de lecture de note, c'était ridicule, je ne connaissais absolument rien au solfège!

J'ai été pendant longtemps aux yeux des autres élèves, cet ovni que peut être un "vieux génie". Mais ca ne tient pas longtemps, ce genre de choses. Au bout de 7 ans de piano, je ne pouvais plus être encore ce vieux génie. Alors, j'ai arrêté.

Et je ne suis même pas venue à votre enterrement, Geneviève, vous qui m'avait supportée pendant 5 ans, vous qui m'avez ouvert ce que peu de gens ont eu le droit de voir: votre coeur. Il était trop épris de merveilles pour ne pas effrayer, trop pur et trop aveuglant de sincérité de ce qu'est l'humanité entre misère profonde et splendeur véritable... C'est un signe, le dernier morceau du disque, un signe de l'au-delà...

lundi 6 août 2007

Vacances en famille


C'est Dîner de con tous les soirs. Pour qui manquerait d'inspiration, passer quelques jours chez moi lui permettra de donner une suite à ce fameux film. C'est assez étonnant de ne pas rater une connerie à ce point... Irracontable.

jeudi 12 juillet 2007

Vie quotidienne

Mes nuits sont plus belles que vos jours: depuis 12 jours que je suis patchée, je deviens accroc à mes rêves.

Je ne dors plus, mais dans les courts laps de temps où j'y arrive, je n'arrête pas de rêver. Des rêves tout simples où mes désirs s'expriment avec une limpidité que la vie me cache en général... Allez comprendre.

Quelques désirs qui me trottinent dans la tête ces derniers temps, des désirs concrets, bizarre...: apprendre en aout le prélude n°2 de Rachmaninov (cause Muse), piano impro, batterie, cours de bio en septembre (?).

Et peut-être signature du CDD demain.

Sinon, je continue à lire les "oeuvres" des diplômés d'écoles de commerce (évaluations à rendre pour le 20, encore 6 livres à m'enfiler...). Un proverbe de Oscar Wilde m'a beaucoup plu dedans :
Le cynisme consiste à voir les choses telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être.

vendredi 29 juin 2007

Cliché

C'est à chaque fois dans les périodes de transition que la vie m'a reservée ses plus grandes surprises.

Je me souviens d'un voyage au Québec que je fis pour un stage au Ministère de la Culture. Dès mon arrivée, je ne sais pourquoi, le patron de l'hôtel me prenait à part de mes congénaires francais pour me causer de sa vie, de son hôtel et de son bar.

Je recois ainsi souvent les confidences des inconnus. Je m'y suis habituée, c'est que je dois inspirer confiance. Un mélange de discrétion et de curiosité qui les incite à me révéler leur intimité. Ils profitent de ma page blanche pour m'écrire un mot. Et puis, nous ne nous reverrons pas, autant se livrer.

J'aime leur demander de quoi ils sont fiers dans leur vie. C'est une des clés qui permet d'ouvrir beaucoup de gens.

Son hôtel bar à lui est un hôtel gay. J'aurais juste du comprendre cela en voyant le drapeau arc-en-ciel à l'entrée, mais ce sont en fait les films pornographiques diffusés dans le bar qui m'ont rendu les choses plus claires (encore que, sans mes lunettes, je n'étais pas sure d'avoir bien vu). La chose me fut confirmée alors que je trouvais menottes, ceintures de chasteté et magazines gay dans les tiroirs des chambres.

Me voilà donc à causer avec l'aimable patron et son charmant accent. Je lui demande comment fonctionne un bar, comment les bières pression peuvent arriver si les stocks sont en bas, et tous ces pourquoi d'un gamin qui découvre la vie. Il m'invite à passer derrière les rideaux (j'ai toujours adoré les coulisses) et me montre la "salle des machines". Il me donne des moments à lui, des moments de son privé que je n'aurais jamais connus si cet homme n'était pas passé par ma vie un jour.

Je m'intéresse peut-être plus pour lui que pour moi, j'aime qu'il soit heureux de me raconter tout cela. Ce sont mes moments parfaits à moi, très peu sartriens, ceux-là. Et mes questions sont mon arme favorite pour éviter qu'il ne me regarde: je détourne son propre regard vers lui. Il adore se raconter et m'invite à faire la tournée des bars.

Nous passons de terrasses en terrasses, je découvre les bières québécoises, on parle beaucoup, à bâtons rompus, loin des conventions et des paroles conditionnés. C'est la vie qui se donne, un vrai partage sans crainte, sans retenue.

Revenus à l'hôtel, il me dit encore:
"Viens don', je vais tse montrer queque chose qu'aucune femme n'a uncore jamais vu, lô."
J'arrive dans une salle sombre, une sorte de labyrinthe au sous-sol (en me relisant, je me demande comment j'ai pu accepter; d'autant que j'appris plus tard qu'un meurtre (!) avait eu lieu un mois auparavant dans l'hôtel).
"C'est moi qui ai battsi tout ca, lô". C'est en fait la boîte gay attenante au bar, strictement interdite aux femmes. Un labyrinthe pour que les hommes puissent se toucher plus facilement... A chaque recoin, des objets sordides: chaise de dentiste, fouets tressés pour faire le socle d'une chaise dont les 4 coins sont attachés au mur par des chaines, et autres objets diverses et variées tout droit sortis de l'imagination du patron. Pour de vrai devant moi...

Cela me fait rire, finalement Et plutôt que d'y voir la lubricité, j'y vois la ludicité. Après tout, chacun fait ce qu'il veut, et cet Eurodisney du gay me fait plutôt marrer. Ce que j'en retiens seulement est le goût si particulier qu'avait cet homme et la confiance qu'il m'avait donné en quelques heures.

Un goût très particulier, très enfantin malgré les salasseries...

A côté, le stage "prestigieux" que je faisais par piston, les voyages en jet avec la ministre, les personnalités politiques que je rencontrais, les réceptions et les discours, tout cela m'a paru sans goût, absolument conventionnel.

dimanche 24 juin 2007

Rêverie

Je ne me souviens de presque rien de mon enfance. J'étais très heureuse, c'est le goût qui me revient quand j'y pense.

Pourtant, deux moments me reviennent très clairement alors que j'écris ces lignes. Sans doute parce qu'ils étaient complètement moi, un côté polard idéaliste universaliste qui me colle à la peau...

J'avais 7 ans, j'étais dans la cour de récréation de l'école (pas très loin du "rocher" sur lequel nous montions souvent et qui fut une source vive d'amusement de mes heures de récré). Je jouais avec une certaine Magali au jeu des pourquoi en chaîne, chacune des réponses qu'elle me donnait entraînant un nouveau pourquoi de ma part.

Elle ne s'en souvient pas, peut être. Pour moi, le plaisir fut si vif que je m'en souviens encore aujourd'hui et qu'il n'est pas innocent dans ce que je suis.

C'était un jeu d'enfant et pourtant, un vrai problème "philosophique": nous n'avons pas réussi à remonter aux origines de ce pourquoi. Même le langage ne nous permettait pas d'appréhender cela. Dépitées...

Mon objet de conquête fut alors non plus de remonter vers le zéro mais de partir vers + l'infini. C'est encore avec le langage, pauvre prison étroite (mais le savais-je à l'époque? Le langage est juste une illusion de domination de l'environnement...), que je m'astreignais à la tâche: je m'installais sur le banc de pierre et commencais à compter pour arriver à l'infini des chiffres.

Je n'ai pas réussi... Mais je m'émeus devant tant de détermination. Même si j'en ai un peu honte en vérité.

N'empêche que pour rien au monde, je ne lâcherais ces moments magiques où l'ordre adulte imposé n'a plus d'espace, où l'impossible ne fait pas sens, où l'imaginaire l'emporte sur le réel, où l'idéal est capable de briser les obstacles, de repousser les limites, tel un Wagner qui repousse la cadence, tel ma phrase qui repousse le point. Plus loin!

La vie est très belle avec ce sentiment et l'envie de jouer à "dépasser".

mercredi 20 juin 2007

J'aime sa bouche...

Tout le monde le craint, il est connu dans son métier pour être autoritaire, minutieux et professionnel. Il fait parti des top manager français. On le dit froid et distant.

Son visage est de marbre, n'exprime rien. Quand il parle, c'est avec une voix basse et affirmée. Il sait où il veut aller. Et il y va.

Pourquoi je le sens? Pourquoi il me "plaît", lui qu'on décrit comme un anti-affectif? J'aimerais lui dire: "tu me plais, toi!". Il a 50 ans. J'aime sa bouche.

Sa bouche exprime tout son être. C'est par elle, seulement, qu'on le sent (moi, j'entends quand tu souris). Mais il faut savoir la voir. Tout s'y dessine, subtilement. Une bouche charnue, si belle, quand il sourit en coin alors qu'il vient de sortir une phrase connivente. Un pince sans rire qui rit en coin. Un homme qui vit, qui vibre à travers sa bouche.

J'ai du mal à exprimer l'effet qu'il me fait. En pensant à lui, sur mes lèvres se dessine un sourire en coin, connivent. C'est cela connivent. Vous sentez?

Il me plait, lui!

mercredi 2 mai 2007

L'inquiétante étrangeté…

En 1980, le premier regard que je lançais à ma mère lorsque je fus posée sur son ventre fut un regard d'étonnement: "mais qu'est-ce que je fous là?".

C'est du moins ce qu'elle m'a rapportée car je ne m'en souviens plus.

Sauf que l'impression reste vive: 27 ans plus tard, c'est toujours la même chose. Je regarde tout en étrangère -étrangère à moi-même, même- , étonnée, perplexe devant le monde qui se déroule, devant ces hommes qui se battent, qui se débattent, qui s'engueulent à la rigueur. Des envies de rire, souvent, extérieure que je suis, face à ce théâtre vivant. Je ne comprends pas, je ne saisis pas l'enjeu. Mais je ne demande qu'à apprendre à (en)jouer le monde plutôt quà m'en jouer...