mercredi 30 mai 2007
Relecture du Mythe de la Caverne
J'ai préféré faire mes premiers pas dans une autre laverie, vide celle-là. Un vague dégoût en imaginant le nombre incalculable de culottes qui ont du précéder les miennes. Et puis, des réflexions d'ordre métaphysique: la laverie automatique semble un passage obligé dans la transition étude - boulot, une activité comprise dans le forfait indépendance.
J'introduis les pièces, le tambour s'emballe, mes yeux sont alors magiquement happés par le magnifique spectacle qui s'offre à moi, toujours renouvelé. Je pourrais le regarder des heures, ce triste feu de bois des villes... Impossible de déterminer les prochains passages, l'ordre dans lequel pantalons, chaussettes et chemises vont s'agencer. Impossible de connaître les trajectoires à l'avance, de retrouver un rythme commun malgré la vitesse homogène du tambour. Un défi pour mon cerveau conquérant.
Et déjà, le coquin pantalon s'en va rejoindre la chemisette mignonne, au rythme du tambour déchaîné, tandis qu'un jean déboule, balourd, dans cette relation naissante. Le treillis solitaire scande la musique. Le petit top élégant essaie de suivre méthodiquement son déhanchement. Ca y est, une soquette s'est imbriquée dans le soutien-gorge, on y est...
Je leur prêterai presque une volonté, à ces êtres tout à coup animés. Ils veulent, ils décident, ils se dirigent. Je leur vois de la profondeur, jusqu'à une identité, même. Leurs actions interagissent, sont imbriquées, complexes. C'est la vie même qui se joue devant moi.
Mais le tambour s'arrête net, tout le monde descend. Ca n'était que le tourbillon du tambour, le tourbillon de la vie qui m'avait fait croire à leur existence.
Bien sûr que non, cela n'est pas possible, c'est seulement les forces alentours qui les a fait se mouvoir le temps d'un court passage sur Terre.
samedi 26 mai 2007
Sans commentaire...
jeudi 24 mai 2007
Le poinçonneur des Lilas moderne
Cet homme-là parle de la pluie et du café. Car tristement, pour les pauvres employés, son bureau a une vue épatante sur la salle de café. C'est donc à un vigoureux sens de l'à propos que l'on doit ces discussions matinales fort intéressantes: combien l'on boit de café dans une entreprise. Un véritable débat de société, un combat de tous les jours même.
Et le voilà, l'arrogant, pérorant et arguant des coûts financiers que pouvaient induire à l'année de telles dépenses éhontées… Regardez-le comme il est mignon en train de calculer de tête: "alors 2 cafés par personne et par jour que multiplie le nombre de gens, fois…" C'est ce qu'on doit appeler une déformation professionnelle. Ou juste son côté rabat-joie.
En tout cas, ces chiffres lui paraissent manifestement beaucoup plus sexys que les chiffres qu'on lui demande. Peut-être justement, parce qu'on ne les lui demande pas. Un véritable homme d'initiative, finalement.
Remarquez, pendant ce temps, il ne s'en prend pas à la direction qui choisit ses vols d'avion aux prix les plus indécents (pour notre tranquillité à tous, il n'a fort heureusement pas vue sur l'aéroport de Charles de Gaulle) et préfère s'attaquer, le courageux, à la plèbe locale.
Le pauvre, sans doute n'a-t-il pas assez de travail? A moins qu'il ne "kiffe" vraiment de comptabiliser le nombre de gens qui se sont insidieusement glissés dans la salle à café, quels effrontés. C'est aussi qu'il doit être énervé d'y voir se dérouler la vie du bureau, d'y voir rire des gens qui échangent des propos sans importance aux heures de pause alors que lui-même est incapable d'y participer, car beaucoup trop Agnan.
Très étonnant, en tout cas, de voir un homme aussi propre sur lui, aussi connoté sciences po, se transformer sous mon œil vicieux en vieille concierge aigrie qui cherche des sujets de conversation.
Sans doute, son rêve, à ce petit démiurge, serait d'interdire le café en février 2008, en même temps que les cigarettes…
mardi 22 mai 2007
Si on t'organise une vie bien dirigée...
dimanche 20 mai 2007
Qui s'aime le vent
Je me refais le CV comme on se refait la face, maquillage prétentieux de rigueur, pour faire bonne figure. Je ne me reconnais pas dans la glace du papier. Expériences figées, papier glacé. Tout sauf moi. Trop froid en cette période pour se tenir chaud à soi-même.
Ce soir, un anniversaire au trou-du-cul du monde, fête quand je suis au fond du trou. Ca me fait penser à Zarathoustra, je ne sais pas pourquoi.
D'ailleurs, en train de lire la douleur de Duras. Je lis - avec la même dévotion qu'elle a du avoir en les retrouvant - des pages de jeunesse qu'elle avait écrites, perdues et redécouvertes.
"J’ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château.
Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.
Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, en quelles heures du jour, dans quelle maison? Je ne sais plus rien.
Ce qui est sûr, évident, c’est que ce texte-là, il ne me semble pas pensable de l’avoir écrit pendant l’absence de Robert L.
Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer, et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver.
La première fois que je m’en soucie, c’est à partir d’une demande que me fait la revue Sorcières d’un texte de jeunesse.
La Douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot "écrit" ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un phénoménal désordre de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte."
Je sens ce qu'elle a pu sentir en se relisant elle-même ("est-ce bien moi?"). J'ai l'impression de retrouver un manuscrit secret, de lire le précieux témoignage d'un de mes ancêtres, que j'aurais trouvé dans la cave de la maison familiale.
samedi 19 mai 2007
Dis, quand reviendras-tu?
Elle est revenue ce matin. Sans prévenir. Souffle coupé.
On se regarde en chien de faïence.
jeudi 17 mai 2007
Pression
Pour ce démiurge descartien, la vie n'est plus qu'un calcul géant, un grand terrain de jeu chiffré dont l'équation se trouve quelque part. Il a juste oublié une chose, l'être.
samedi 12 mai 2007
Débridez-vous la vie... (slogan pour Bridelight)
Un ami revenu il y a peu du Japon m'a rapporté les incongruités de nos amis nippons. Les plus branchés se font débrider les yeux (l'on coupe le bord intérieur des yeux, beurk) et dépigmenter le teint tandis que d'autres se teignent les cheveux en orange pour se différencier de la masse.Tentative d'occidentalisation et de différenciation ratée, puisque les "débridés" ont désormais en permanence un air surpris plus qu'un faciès européen… De plus, il est toujours difficile de paraître original avec des cheveux orange quand tout le monde se les teint de la même couleur. Nous ne sommes pas mieux avec notre style unisexeforme (j'ai moi-même cédé à la tentation de la converse il y a peu; sans doute que la mode va donc bientôt changer).
Mais tout cela, on ne peut le remarquer qu'en tant qu'étranger. Montesquieu l'avait bien compris, qui critiquait les coutumes chrétiennes à travers le regard d'un étranger, dans ses Lettres persanes. Werber, quelques années plus tard, nous resservait ce même regard extérieur, mais Mondialisation oblige, c'est du point de vue d'un extra-terrestre débarqué sur Terre que l'être humain est observé.
Nos amis les Terriens devrait être une formidable entreprise de remise en question de nos "coutumes". Un film duquel j'attendais un regard tendre tout autant que cruel sur cet absurde roseau pensant que nous sommes… J'avais envie de sentir cette ambivalence, que derrière l'horreur de ces simagrées humaines se cachait quelque chose d'absolument beau, admirable, intangible. Une sorte de vision en contrepoint, dans lequel se serait logé le sentiment d'absurdité. Mais le film ne prend pas, il échoue à nous faire sentir l'absurdité de cette condition humaine. Trop rapide sur certains sujets, trop caricatural sur la sociologie des humains, s'étendant en longueur sur d'autres sujets qui n'apportent rien. Un mauvais rythme en fait. Trop ambitieux, peut-être.
C'est bon, c'est qu'il reste encore des choses à faire de ce côté-là…
mercredi 9 mai 2007
Moi aussi, j'peux le faire

Il s’était arrêté comme ça, mu par cette folle envie de l’embrasser. Il n’avait pas trop réfléchi, « on » avait réfléchi à sa place. Mais ce « on », ma foi, avait été bien inspiré, il avait choisi de les arrêter devant l’Hôtel de ville de Paris.
Presque surpris, comme on peut l’être après avoir sorti un trait d’esprit, il était resté immobile quelques instants puis l’avait embrassé fougueusement comme pour reprendre le dessus sur sa volonté. Paris… Il en avait tant rêvé… Paris, la capitale, la ville de l’amour, Paris la bouillonnante. Tous ces clichés (savait-il lui-même qu’un jour, il ferait parti de ces « clichés » ?) lui montaient à la tête dès qu’il l'embrassait. Il se sentait l’incarnation de Paris, l’ambassadeur de l’esprit de Paris et son baiser n’en devenait que plus audacieux et volontaire.
Elle était parisienne. De ces parisiennes qui n’avaient jamais connu le goût de Paris et que Paris avait toujours frustrée en lui refusant son insolent bonheur. Elle avait redécouvert Paris en le rencontrant. Elle s’extasiait de n’importe quoi, surtout des choses qui auparavant lui étaient indifférentes ou qui « méritaient » l’indifférence. Jamais elle n’aurait cru s'arrêter sur cette poubelle au coin de la rue, qu’ils avaient fouillée tous les deux écroulés de rire parce que Monsieur y avait jeté sa clé par mégarde. Jamais elle n’aurait cru que ce banc sur lequel ils avaient gravé leurs deux prénoms aurait un jour une quelconque signification.
Paris s’était soudain transformée en ville de fête, toutes les tristes rues dans lesquelles elle était passée des centaines de fois s’illuminaient d’un coup et prenaient enfin sens. Elle retrouvait son âme de gamine, curieuse de toute chose, si heureuse. Elle était à Paris, dans SA ville, une ville qu’enfin elle inventait. Une histoire parmi tant d’autres…
Lui, il avait des rêves et il voulait les réaliser. Il s’imaginait l’amour à la française, le french kiss, aussi. Il prenait un malin plaisir à reproduire les clichés et surtout à les vivre : quel amoureux n’a jamais senti la victoire qu’il y a de tenir la main de son amie aux yeux du monde ? Il l’embrassait au cœur de Paris, il avait tiré sa flèche, Paris était tombé, Paris était conquis.
Et pourtant, à quel point ce baiser était douloureux pour elle… Elle était incapable d’en profiter tant elle en imaginait déjà la fin. Voila bien la chose atroce de l’amour, l’éternelle peur de perdre l’autre : elle aurait souhaité ne jamais l’avoir rencontré ou rompre sur le champ pour ne plus sentir cette peur viscérale qui la travaillait désormais nuit et jour. Car quel n’est pas moyen plus radical pour enrayer une peur que de réaliser l’objet de cette peur ? Elle voyait dans ce baiser dérisoire tout l’effort pour camoufler leurs solitudes. C’était comme mentir, mentir sur cette séparation qui aurait forcément lieu.
Bien sur, son astucieux cerveau avait inventé tous les subterfuges pour pallier à cette crainte : toutes ses pensées étaient tournées vers lui, de sorte que quand il n’était pas avec elle, elle continua à le faire vivre par la pensée jusqu’à ce qu’il fût à nouveau présent. Ca n’en était que pire, plus elle y pensait, plus elle s’en voulait d’y penser, craignant une chute encore plus douloureuse. Ce baiser, c’était comme se voiler la face, elle aurait voulu lui crier, tant elle aurait aimé qu’il la prenne dans ses bras, mais c’est ce qu’il était justement en train de faire… Elle se sentait la seule vraie victime de l’amour comme tout un chacun lorsqu’il tombe amoureux pour la première fois.
Il fallait que ce baiser dure l’éternité pour vaincre la mort. Si seulement elle avait pu savoir qu’un photographe badaud avait volé cette image pour l’éternité…
dimanche 6 mai 2007
Divorces
samedi 5 mai 2007
Arrête de te la péter sur Viaduc, j't'ai vu dans la vraie vie, t'es con comme un "uc"…
Je viens de faire un tour sur Viadeo.com (ex-viaduc.com transformé en viadeo pour "attaquer l'international"…!). Cette "plateforme de mise en relation" (entendez par là réseau pour désespéré sans relation aux dents longues mais au CV court) est une sorte de Myspace pour businessman. Alors que dans Myspace, c'est la photo qui fait le tout, ici, c'est le CV.Le plus drôle est bien entendu de faire un tour de ses vieilles connaissances d'école pour voir un peu ce qu'ils mettent dans leurs CV de puceaux du travail et comment ils ont par un coup de communication magique transformé leurs minables expériences de garçon de café chic d'entreprise en boulot de PDG sans reconnaissance. J'exagère… A peine. Traduire "optimisation de la gestion des stocks" par "rangement du bureau", "organisation de mailing* client" par "copier-coller de texte envoyé par mail en ayant préalablement mis les contacts dans la bonne case (la case "à:")", "veille stratégique de la concurrence" par "bullage sur le net en attendant 18h". C'est beau la comm', vraiment.
Mais le pire, c'est que moi-même, j'ai du passer par cette étape… J'ai du endosser ce costume pour rester dans l'attendu (j'étais même étonnée de moi-même en relisant mon CV: c'est moi, ca?). Comment voulez-vous ne pas vous sentir duplice, après? Comment voulez-vous y croire…?
* A la manière de Flaubert (Dictionnaire des idées reçues), ca pourrait donner:
Mailing: plus chic que le trop galvaudé mail (tout le monde sait écrire un mail, tandis qu'un mailing n'est pas à la portée du commun des mortels)
Var.: ajouter un "ing" pour sonner plus anglais, plus chic au pluriel (un blog, des blogging / un rapport, des reporting / un leg, des legging)
vendredi 4 mai 2007
Franche rigolade et lien social

Et pourtant, quelle ironie que cette BD du sentiment: à une blague ponctuée d'un ;-), répondez par un joyeux :-D puis lancez un wizz dans cette liesse généralisée. Au royaume de l'image, le smiley contenté (et poliçon) est roi.
Certes, ils en ont évité des engueulades, ces smileys (c'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont été à l'origine créé par les informaticiens) .
Et pourtant, je sens quelque chose qui grince au fond de moi, une impression désagréable chaque fois que j'envoie un smiley. Quel rapport entre ce smiley stéréotypé et mon sentiment?
J'ai un étrange goût d'Orson Wells dans la bouche, où le doubleplusbon s'exprimerait par trois :-D. Le sentiment est de l'ordre de ce qui se lit entre les lignes… A-t-il besoin d'être étiqueté?
jeudi 3 mai 2007
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ
Je vous le redis, la vie est vraiment drôle…
Pour en revenir à l'image, nous y sommes souvent très sensibles. Influencés au possible par celle que nous renvoient les autres. Et obsédés par notre propre image, de fait, dans un jeu de miroir à l'infini…
"Que pense-t-il de moi?". A cela, répondre, "surtout pas ce que vous croyez et encore moins ce que vous essayez de lui faire croire". Mieux vaut choisir l'option Cioran: " Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ".
Bref, manipuler son image, ce n'est pas possible. Et de fait, l'image m'échappe par nature, puisqu'elle appartient à l'autre qui se la forge. Il se la forge selon son vécu, ses expériences et aussi, évidemment pour ne pas se remettre en cause lui-même… Vous n'avez pas une image, mais 10.000, selon vos interlocuteurs.
Quel intérêt, donc, de se travestir pour une image que je ne maîtrise même pas?
Et je ne peux maîtriser mon image tout simplement parce que je ne peux maîtriser l'autre. Dès lors que je cherche à manipuler mon image, c'est en fait l'autre que je roule dans la farine, c'est un début de fascisme avorté. Et voilà une des choses les plus magnifiques de l'être humain: il est capable d'être libre. Un ancien ambassadeur du Liban me racontait l'une des plus belle preuves de cette liberté humaine: en plein cœur du communisme, sans même la vitrine du capitalisme, ces êtres humains se sont libérés de leur joug...
mercredi 2 mai 2007
L'inquiétante étrangeté…
C'est du moins ce qu'elle m'a rapportée car je ne m'en souviens plus.
Sauf que l'impression reste vive: 27 ans plus tard, c'est toujours la même chose. Je regarde tout en étrangère -étrangère à moi-même, même- , étonnée, perplexe devant le monde qui se déroule, devant ces hommes qui se battent, qui se débattent, qui s'engueulent à la rigueur. Des envies de rire, souvent, extérieure que je suis, face à ce théâtre vivant. Je ne comprends pas, je ne saisis pas l'enjeu. Mais je ne demande qu'à apprendre à (en)jouer le monde plutôt quà m'en jouer...