Je ne me souviens de presque rien de mon enfance. J'étais très heureuse, c'est le goût qui me revient quand j'y pense.
Pourtant, deux moments me reviennent très clairement alors que j'écris ces lignes. Sans doute parce qu'ils étaient complètement moi, un côté polard idéaliste universaliste qui me colle à la peau...
J'avais 7 ans, j'étais dans la cour de récréation de l'école (pas très loin du "rocher" sur lequel nous montions souvent et qui fut une source vive d'amusement de mes heures de récré). Je jouais avec une certaine Magali au jeu des pourquoi en chaîne, chacune des réponses qu'elle me donnait entraînant un nouveau pourquoi de ma part.
Elle ne s'en souvient pas, peut être. Pour moi, le plaisir fut si vif que je m'en souviens encore aujourd'hui et qu'il n'est pas innocent dans ce que je suis.
C'était un jeu d'enfant et pourtant, un vrai problème "philosophique": nous n'avons pas réussi à remonter aux origines de ce pourquoi. Même le langage ne nous permettait pas d'appréhender cela. Dépitées...
Mon objet de conquête fut alors non plus de remonter vers le zéro mais de partir vers + l'infini. C'est encore avec le langage, pauvre prison étroite (mais le savais-je à l'époque? Le langage est juste une illusion de domination de l'environnement...), que je m'astreignais à la tâche: je m'installais sur le banc de pierre et commencais à compter pour arriver à l'infini des chiffres.
Je n'ai pas réussi... Mais je m'émeus devant tant de détermination. Même si j'en ai un peu honte en vérité.
N'empêche que pour rien au monde, je ne lâcherais ces moments magiques où l'ordre adulte imposé n'a plus d'espace, où l'impossible ne fait pas sens, où l'imaginaire l'emporte sur le réel, où l'idéal est capable de briser les obstacles, de repousser les limites, tel un Wagner qui repousse la cadence, tel ma phrase qui repousse le point. Plus loin!
La vie est très belle avec ce sentiment et l'envie de jouer à "dépasser".
dimanche 24 juin 2007
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3 commentaires:
Je l'aime bien ce texte...
Oui, parce que j'y mets beaucoup trop de moi, quel voyeur ;-)
Merci quand meme... Qui sait, peut-être vais-je enlever la centaine d'armure qui m'entoure!
Je l'ai bien aimé pour lui même, pour la simple narration, pas pour le coup de pinceau supplémentaire qu'il ajoute à ton portrait.
Sur le coup, du moins.
Car il est vrai qu'il participe à une image qui va finir par se dégager de ce travail pointilliste : un jour, en prenant du recul, chacun de ces morceaux composera ton reflet.
Un reflet.
Déformé, faux et vrai à la fois.
Dans quelle proportion ?
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