dimanche 23 septembre 2007

Fessebouc, la démocratisation du loft

Le glas des blogs est régulièrement traité en ce moment... Et les nouveaux réseaux prennent le relai.

Facebook, c'est une évidence, c'est l'avenir. Les derniers résistants se convertissent peu à peu sous l'effet de mode hallucinant. Tout un chacun diffuse désormais ses infos privés, les centralisent en une méga base de données délectable à n'importe quel tyran mal intentionné (ou juste à n'importe quelle entreprise, finalement, dans un rapport ou non d'inclusion). D'autant que bientôt (de manière insidieuse car on ne le sait que peu), les informations de Facebook seront apparemment accessibles de google, à moins d'interdire cette fonction.
Je suis désormais au courant que Maurice s'est réveillé à 7h en ce dimanche ensolleillé et qu'il a écrit à Manu pour prendre un verre dans notre troquet préféré (sans moi). Il en a profité pour rajouter ses photos de vacances, le nom de sa petite amie (ainsi que plusieurs photos d'elle: son nom s'affiche magiquement pour être bien sur d'identifier la personne en question lorsque l'on passe sur les photos). J'ai vu aussi qu'il participait à l'Oktoberfest virtuelle et envoie quantités de bières à des amis qui n'en sont pas dans une sorte de mugnificience artificielle. C'est cool, parce qu'il n'a pas d'argent en ce moment, le Maurice (et tant pis pour les cadeaux virtuels qu'il peut ne envoyer, car ayant un coût réel, eux). Comme dans le Loft, je lis desormais la vie de Maurice au travers de sous-titres: "Maurice est en train de manger".

Bref, sans le savoir - ou pire, en le sachant (me voilà à réaliser l'exercice de Doublepensée de 1984!) - nous devenons les propres artisans de notre "mise en boite": un Big Brother volontaire, en quelque sorte, avec un grand sourire aux lèvres. Sauf que dans Big Brother, c'étaient les enfants qui informaient la police... Là, nous nous auto-enfermons gaiement.

Bien sur, nous n'avons rien à nous reprocher, et cet effort de transparence (je déteste la transparence, et les hypocrites open space; j'ajoute également le développement durable sans rapport avec le propos, mais ca fait du bien) ne parait pas en soi un problème. Mais de la transparence à la surveillance, il n'y a qu'un pas. Quelles limites à la transparence? Quelles limites au domaine privé? Je sais maintenant que tel prof d'université a mis toutes ses élèves dans ses amies... Je sais aussi grâce aux cookies dans sa machine qu'il a visité un site pornographique il y a deux semaines et téléchargé illicitement "Two day in Paris" qui se trouve être en fait un film pédophile. De là à en tirer des conclusions malencontreuses? Et pourtant, ce type n'a jamais rien fait de mal, on a juste traqué sa pensée, où tout est encore permis jusqu'en 2050 (à cette époque, toutes nos pensées et mémoires pourront être transmises à un ordinateur selon British Telecom). Je vous semble alarmiste? Pourtant, je connais effectivement ce professeur...

Bref, la responsabilité, ce n'est surtout pas la transparence (il faudra revenir la dessus dans un prochain article), c'est un mélange complexe et tristement non mathématisable des bonnes informations à donner au bon moment. Un problème crucial de limites. Mais les écrits restent... Et tout ce que j'écris ici aussi... Toute décision par internet est irrévocablement notée... Et je me demande si c'est grave ou non...

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Transparence, transparence... ou volonté d'exister, de s'affirmer ?

J'ai été également étonne de voir ainsi le "status" ô combien routinier mais régulièrement mis à jour de qqu'un qui n'a en contacts que sa soeur et sa cousine ; le loft, au moins, il y avait de l'audimat... A l'inverse les "je me la pete" en multipliant les "amis" qui ne sont que collègues d'une grosse boîte rencontrés au fil des ans me paraît aussi vain...

Ah, vanité des vanités !

(on y revient ! ;-) )

Enfin... Reste notre propre insignificance pour se préserver de toute surveillance réelle. Ou la lecture précise des privacy settings...

Soulève plein de questions ton texte...

Anonyme a dit…

C'est pourtant toi qui m'as harcelée des mois durant pour que je te rejoigne sur fesseslivre (viens, viens, c'est vraiment ce qui se fait de mieux aujourd'hui sur le web, tous domaines confondus!), marrant...

Anonyme a dit…

J'y suis moi-meme, je ne m'en cache pas... Je m'interroge, c'est tout. Je suis très curieuse, à vrai dire.

J'ai exactement le même sentiment envers les blogs, et j'avais également ce sentiment envers le loft: comme quelque chose qui ne va pas (impudique, peut-être?), mais difficile à définir, un malaise (une expérience métaphysique, comme dirait notre bon vieux Cioran! :-), et quelque chose dont je suis, completement.

En tout cas, oui, c'est une certitude, c'est l'avenir. Il y a plein de sites impressionnant des boites de telecoms (vodafone, entre autres) qui "montrent" des images du futur, et c'est drole de voir la société s'y diriger...

Anonyme a dit…

Impudeur ? Je dirai plutôt le vide comme une fin en soi, comme valant tout achèvement quel qu'il soit...

Anonyme a dit…

Hapax: oui, c'est vrai que je mélange un peu des concepts, là. Mon cerveau est allé trop vite, que veux-tu B-). Enfin, on est très clairement dans une mouvance de "tracabilité"...

Je suis de plus en plus partagée sur cette insignifiance... Oui, c'est clair, tout est vain, je suis la première à le penser. Mais dans ce grand jeu de la vie, je me rends compte - il était temps! - que chaque acte que tu poses a une conséquence, aussi minime soit-elle. Tu existes quoiqu'il en soit, même si c'est dur à supporter. Et de ce moment là, tu es responsable de toutes les actions que tu poses: tu peux meme changer le monde! Un temps soit peu du moins, ou à vrai dire, le plus important, ton monde. Et c'est bien toute la différence entre fantasme et imagination (cf le dernier article de Cerveau et psycho sur Secondlife)

Ah, tu me réponds, je vais voir:-)

Anonyme a dit…

Tu ne mélanges pas tant que ça, car ce sont ces petits riens qui font l'intimité qui sont cessés prendre de l'importance aux yeux des autres... et montrer la vacuité dont toute vie est heureusement faite en partie peut être impudique...

Intéressante la différence fantasme/imagination, le refus du réel et l'acceptation de vivre (et donc la confrontation narcissique à la mort)... mais bon il est temps que je m'arrache pour enfin rentrer at home (même si je n'étais pas dans le métro à 7h ce matin, moi, j'admets... ;-) )
bonne soirée...

Sam a dit…

C'est marrant ce qu'on peut faire parfois. Tu es tombé dans le piège facebook et, comme le souligne à juste titre -m-, au lieu de nous prévenir, de nous mettre en garde, tu as pendant longtemps tout mis en oeuvre pour nous inciter à te rejoindre sur cette piste glissante. Une piste qui nous mène tout droit vers un monde où tout le monde saura tout. Dans quelques années, Google Earth sera remplacé par un outil nous permettant de suivre gratuitement du ciel en temps réel les allées et venues de nos ami(e)s, histoire de vérifier où va notre copine, qu'elle ne nous trompe pas.

Mais j'apprécie ta clairvoyance. C'est comme dans les films où les nanas qui vont se faire tuer par un serial killer, au lieu de s'enfuir, restent sur place en criant. La question est : as-tu déjà accepté ton triste sort ?

Ceci dit, facebook peut devenir marrant, à partir du moment où tout ce que tu mets dessus est entièrement faux. Si un jour, je vais dessus, je m'inventerais un personnage qui ne pourra pas être réutilisé contre moi...

Biz

P. a dit…

Attention, je me fais l'avocat du diable, évidemment. Tu me connais, je suis une attachée aux traditions et je vois en tous changements possibles, les contre-indications...

Cependant, oui, je suis persuadée que c'est l'avenir: utilisé d'une manière intelligente, ce système est absolument génial et les applications dans le boulot seraient superbes. Ainsi, on serait au courant des nouvelles avancées de chacun sur la plateforme de manière beaucoup moins formelle, l'information passant alors beaucoup mieux.

C'est absolument l'avenir, mais il faut prendre certaines précautions...

Par ailleurs, en prenant une autre identité, tu perds tout le sel de l'application puisque personne ne te retrouvera.