La chanson d'Anne Sylvestre remise au goût du jour par Vincent Delerm, Les gens qui doutent, a cet espèce de charme désuet de la simplicité. En l'écoutant en boucle pendant quelques jours, voici les paroles qui me viennent à l'esprit:
"J'aime les gens qui n'osent
S'approprier les choses
Encore moins les gens"
L'appropriation, quel mot intéressant, pour nous, petits êtres humains épris de conquête en permanence. Et pour celui qui doute, point de conquête n'est permise. Par peur du conflit, sans doute (un mot de gens qui doute), "celui qui n'ose" se confine dans son minuscule territoire.
Mais revenons à l'appropriation. S'approprier, c'est, stricto sensu, "usurper la propriété de quelque chose". Aussi l'acte d'apprendre et de retenir (le mot retenir n'est pas non plus anodin) serait-il une sorte de vol, de viol, de la propriété intellectuelle de quelqu'un. Bref, la culture générale, comme on l'appelle, la curiosité vis-à-vis de l'environnement, serait comme un pillage permanent de nourritures spitituelles autour duquel nous organiserions de grand feu de joie de la culture commune. On se partagerait les mets et l'on se précipiterait goulûment dessus.
Et comme le langage est coupable dans cette entreprise...! Regardez-le, ce langage, qui me permet de conscrire les choses et les gens. Il est la véritable arme, l'instrument de conquête de l'être humain civilisé. L'arme moderne de l'esprit de conquête physique ancestral. Tout en n''assumant pas d'être cet instrument de conquête, hypocrite langage!
Quel serait en effet le plaisir à parler politique, sujet sur lequel la plupart des gens n'ont effectivement aucun moyen d'action? Le plaisir de parler vient de la volonté factice de vouloir maîtriser et conquérir. Je me suis toujours demandée quel plaisir il y avait à parler des stars, ces gens inaccessibles de par leur statut même. Je crois que j'ai aujourd'hui la réponse: une vie par procuration, l'appropriation étant également un ancien terme de chimie désignant la disposition de deux corps à se combiner par l'addition d'un troisième.
Et celui qui doute de ne pas oser s'intéresser au grand monde qui l'entoure par peur de le violer. Car exister, être, c'est bien sûr conquérir (il me semble même que c'est la définition que je donnerais de l'existence, l'existence, c'est la conquête; voilà pourquoi la guerre est intrinsèque de l'existence).
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