samedi 4 décembre 2010

Wikileaks : rapporteur de Paris, mets ta couche et va au lit

Le sujet : Wikileaks

Le débat : Beaucoup de la polémique autour de Wikileaks tient moins au contenu des fuites qu'à l'audace de pénétrer des places fortes de l'autorité, jusqu'ici inviolables (Alan Rusbridger, rédac chef du Guardian).

Les fantasmes Wikileaks :

  • le mythe de la transparence absolue : Wikileaks n'est pas totalement transparent, il y a des barrières à l'entrée que sont la langue et la profusion des informations en désordre (les idées reçues selon Gaël Villeneuve) .
  • le mythe de la libre circulation des informations en "peer-to-peer", c'est-à-dire dans un rapport égalitaire : le WikiLeaks n'a pas pu rester un wiki.


Les questions : ouverture/fermeture, quelles nouvelles limites, quelles nouvelles frontières ? Quelle transparence ? Jusqu'à quel point peut-on dire les choses et pourquoi, selon quels motifs ? Quelles conséquences ? A quel point la transparence est-elle despotique ?

Les arguments en faveur de Wikileaks :

  1. Il faut dénoncer les erreurs des gouvernements
  2. Wikileaks peut être transparent ET intelligent : transparence et discernement ne sont pas incompatibles dit le Monde
  3. Wikileaks impose un ordre nouveau, une philosophie nouvelle : c'est une dimension de l'affranchissement des hommes à l'égard des pouvoirs (les pouvoirs en place dénoncent toujours la publication des documents qui les dérangent...)
Les arguments plutôt mitigés par rapport à Wikileaks :
  1. Tout dépend du but des révélations : une cause noble d'informer ou une cause vile d'affaiblir ?
  2. Les "révélations" qui sont faites n'en sont qu'à moitié: qui n'était pas au courant qu'une guerre faisait des morts ? Qui n'était pas au courant que Sarko était pro-américain ? On est flatté d'être dans la confidence mais on n'apprend pas grand chose. Wikileaks enfonce des portes ouvertes, oui, il y a du "off" et de la complicité, comme dans toute relation de collaboration. Et alors ? (Gaël Villeneuve)
  3. D'autres sites existent depuis longtemps : Cryptome en 1996 et Secrecy News en 2000. Statewatch en 91

Les arguments contre :

  1. On ne peut pas dénoncer les erreurs du gouvernement de manière illicite : un galeriste qui aurait volé une oeuvre et qui l'exposerait à tous au motif que tout le monde doit le connaitre serait accusé de recel (commentaire d'un quidam dans le monde ) --> 2 réflexions à son encontre : les journalistes ont toujours fait appel à des sources plus ou moins autorisées, et l'information est un bien immatériel pour lequel on ne peut pas parler de recel.
  2. On ne peut pas dénoncer les erreurs du gouvernement si elles peuvent porter préjudice à un particulier : Steven Aftergood, de Secrecy News : "la publication d'informations non autorisées sert l'intérêt public quand elle révèle de la corruption, des erreurs ou du gâchis mais elle dessert l'intérêt public quand elle expose des individus à des dangers physiques, ou porte atteinte à la vie privée (du coup, la collabora!tion avec des journaux qui filtrent l'info est une bonne chose...).
  3. Contre une transparence débridée : Tout n'est pas bon à dire à tout le monde : il faut selectionner l'information utile à l'auditeur et pas un tout-venant faussement égalitaire (car, au final, c'est celui qui diffuse l'information qui a le pouvoir).
  4. Contre une transparence instantannée : on peut tout dire dans les pays démocratiques, certes, mais pas dans l'immédiateté; la plupart des pays démocratiques déclassifient leur correspondance diplomatique au bout d'un certain nombre d'années en ouvrant leurs archives.
  5. Wikileaks impose une transparence despotique

A traiter :

  • Seuls les faibles sont transparents, les forts ne le sont pas
  • Etre responsable, est-ce ne pas tout dire ?
  • Wikileaks est un peu comme le rapporteur de Paris qu'on n'aimait pas à l'école...

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