samedi 30 juin 2007

Le sans commentaire du week-end

J'anticipe tellement que je ne me projette plus...

vendredi 29 juin 2007

Cliché

C'est à chaque fois dans les périodes de transition que la vie m'a reservée ses plus grandes surprises.

Je me souviens d'un voyage au Québec que je fis pour un stage au Ministère de la Culture. Dès mon arrivée, je ne sais pourquoi, le patron de l'hôtel me prenait à part de mes congénaires francais pour me causer de sa vie, de son hôtel et de son bar.

Je recois ainsi souvent les confidences des inconnus. Je m'y suis habituée, c'est que je dois inspirer confiance. Un mélange de discrétion et de curiosité qui les incite à me révéler leur intimité. Ils profitent de ma page blanche pour m'écrire un mot. Et puis, nous ne nous reverrons pas, autant se livrer.

J'aime leur demander de quoi ils sont fiers dans leur vie. C'est une des clés qui permet d'ouvrir beaucoup de gens.

Son hôtel bar à lui est un hôtel gay. J'aurais juste du comprendre cela en voyant le drapeau arc-en-ciel à l'entrée, mais ce sont en fait les films pornographiques diffusés dans le bar qui m'ont rendu les choses plus claires (encore que, sans mes lunettes, je n'étais pas sure d'avoir bien vu). La chose me fut confirmée alors que je trouvais menottes, ceintures de chasteté et magazines gay dans les tiroirs des chambres.

Me voilà donc à causer avec l'aimable patron et son charmant accent. Je lui demande comment fonctionne un bar, comment les bières pression peuvent arriver si les stocks sont en bas, et tous ces pourquoi d'un gamin qui découvre la vie. Il m'invite à passer derrière les rideaux (j'ai toujours adoré les coulisses) et me montre la "salle des machines". Il me donne des moments à lui, des moments de son privé que je n'aurais jamais connus si cet homme n'était pas passé par ma vie un jour.

Je m'intéresse peut-être plus pour lui que pour moi, j'aime qu'il soit heureux de me raconter tout cela. Ce sont mes moments parfaits à moi, très peu sartriens, ceux-là. Et mes questions sont mon arme favorite pour éviter qu'il ne me regarde: je détourne son propre regard vers lui. Il adore se raconter et m'invite à faire la tournée des bars.

Nous passons de terrasses en terrasses, je découvre les bières québécoises, on parle beaucoup, à bâtons rompus, loin des conventions et des paroles conditionnés. C'est la vie qui se donne, un vrai partage sans crainte, sans retenue.

Revenus à l'hôtel, il me dit encore:
"Viens don', je vais tse montrer queque chose qu'aucune femme n'a uncore jamais vu, lô."
J'arrive dans une salle sombre, une sorte de labyrinthe au sous-sol (en me relisant, je me demande comment j'ai pu accepter; d'autant que j'appris plus tard qu'un meurtre (!) avait eu lieu un mois auparavant dans l'hôtel).
"C'est moi qui ai battsi tout ca, lô". C'est en fait la boîte gay attenante au bar, strictement interdite aux femmes. Un labyrinthe pour que les hommes puissent se toucher plus facilement... A chaque recoin, des objets sordides: chaise de dentiste, fouets tressés pour faire le socle d'une chaise dont les 4 coins sont attachés au mur par des chaines, et autres objets diverses et variées tout droit sortis de l'imagination du patron. Pour de vrai devant moi...

Cela me fait rire, finalement Et plutôt que d'y voir la lubricité, j'y vois la ludicité. Après tout, chacun fait ce qu'il veut, et cet Eurodisney du gay me fait plutôt marrer. Ce que j'en retiens seulement est le goût si particulier qu'avait cet homme et la confiance qu'il m'avait donné en quelques heures.

Un goût très particulier, très enfantin malgré les salasseries...

A côté, le stage "prestigieux" que je faisais par piston, les voyages en jet avec la ministre, les personnalités politiques que je rencontrais, les réceptions et les discours, tout cela m'a paru sans goût, absolument conventionnel.

dimanche 24 juin 2007

Rêverie

Je ne me souviens de presque rien de mon enfance. J'étais très heureuse, c'est le goût qui me revient quand j'y pense.

Pourtant, deux moments me reviennent très clairement alors que j'écris ces lignes. Sans doute parce qu'ils étaient complètement moi, un côté polard idéaliste universaliste qui me colle à la peau...

J'avais 7 ans, j'étais dans la cour de récréation de l'école (pas très loin du "rocher" sur lequel nous montions souvent et qui fut une source vive d'amusement de mes heures de récré). Je jouais avec une certaine Magali au jeu des pourquoi en chaîne, chacune des réponses qu'elle me donnait entraînant un nouveau pourquoi de ma part.

Elle ne s'en souvient pas, peut être. Pour moi, le plaisir fut si vif que je m'en souviens encore aujourd'hui et qu'il n'est pas innocent dans ce que je suis.

C'était un jeu d'enfant et pourtant, un vrai problème "philosophique": nous n'avons pas réussi à remonter aux origines de ce pourquoi. Même le langage ne nous permettait pas d'appréhender cela. Dépitées...

Mon objet de conquête fut alors non plus de remonter vers le zéro mais de partir vers + l'infini. C'est encore avec le langage, pauvre prison étroite (mais le savais-je à l'époque? Le langage est juste une illusion de domination de l'environnement...), que je m'astreignais à la tâche: je m'installais sur le banc de pierre et commencais à compter pour arriver à l'infini des chiffres.

Je n'ai pas réussi... Mais je m'émeus devant tant de détermination. Même si j'en ai un peu honte en vérité.

N'empêche que pour rien au monde, je ne lâcherais ces moments magiques où l'ordre adulte imposé n'a plus d'espace, où l'impossible ne fait pas sens, où l'imaginaire l'emporte sur le réel, où l'idéal est capable de briser les obstacles, de repousser les limites, tel un Wagner qui repousse la cadence, tel ma phrase qui repousse le point. Plus loin!

La vie est très belle avec ce sentiment et l'envie de jouer à "dépasser".

Le sans commentaire du week-end

Pour Cioran, "tout malaise n'est qu'une expérience métaphysique avortée".
Si tel est le cas, j'avorte à répétition... Dommage de ne pas naître à soi et de n'être pas à soi.

mercredi 20 juin 2007

J'aime sa bouche...

Tout le monde le craint, il est connu dans son métier pour être autoritaire, minutieux et professionnel. Il fait parti des top manager français. On le dit froid et distant.

Son visage est de marbre, n'exprime rien. Quand il parle, c'est avec une voix basse et affirmée. Il sait où il veut aller. Et il y va.

Pourquoi je le sens? Pourquoi il me "plaît", lui qu'on décrit comme un anti-affectif? J'aimerais lui dire: "tu me plais, toi!". Il a 50 ans. J'aime sa bouche.

Sa bouche exprime tout son être. C'est par elle, seulement, qu'on le sent (moi, j'entends quand tu souris). Mais il faut savoir la voir. Tout s'y dessine, subtilement. Une bouche charnue, si belle, quand il sourit en coin alors qu'il vient de sortir une phrase connivente. Un pince sans rire qui rit en coin. Un homme qui vit, qui vibre à travers sa bouche.

J'ai du mal à exprimer l'effet qu'il me fait. En pensant à lui, sur mes lèvres se dessine un sourire en coin, connivent. C'est cela connivent. Vous sentez?

Il me plait, lui!

dimanche 17 juin 2007

Encore lui!

Pour celui qui recherche le moi pur valéryen (que j'interprète ici comme étant le moi débarrassé des pressions extérieures, notamment de celles du langage), il importe d'analyser et de comprendre le langage, vaste écran entre les choses et nous-mêmes, pour retourner à un langage "pur" et avoir un accès direct de soi à soi. Aussi convient-il de repérer les connotations qui se rapportent à chaque terme et qui sont propres à chacun.

Un exemple:


Une table est une table, mais elle est différente pour chacun, associée à différentes expériences de sa propre vie; elle est bourrée de connotations, cette table, qui nous empêchent d'accéder à l'objet "pur".
Une citation:


Le malheur est que vous ne saurez jamais (pas plus que je ne pourrai jamais vous le communiquer) comment j'interprète ce que vous me dites. Vous n'avez pourtant pas parlé hébreu, non. Vous et moi, nous nous sommes servis de la même langue, des mêmes mots. Mais est-ce notre faute, à vous et à moi, si les mots en eux-mêmes, sont vides? ... Vides. En les prononcant, vous les remplissez du sens qu'ils ont pour vous; et moi, en les accueillant, je les remplis du sens que je leur donne. Nous avions cru nous comprendre, nous ne nous sommes pas compris du tout. (Pirandello)
Une glose:


Le langage est de forme asymptotique (si l'on conçoit les axes comme étant le langage "pur"), symptomatique!

S'il y avait bien une chose que j'aurais souhaité faire avant de mourir, c'aurait été de faire un dictionnaire de mes mots et de mes connotations. Mais la plupart de ces connotations me sont pour la plupart inaccessibles car inconscientes. Et pour accéder au moi pur, il me semble que l'on doit faire émerger les associations inconscientes qui peuplent notre monde.

Vaste programme!

Quelques lignuistes épris de langage pur s'y piquent en essayant d'informatiser le langage, mais on voit à quel point l'on est loin d'un résultat convaincant (il n'y a qu'à voir les traductions faites par ordinateur...)

samedi 16 juin 2007

Le "sans commentaire" du week-end: perplexe

Cela fait à peu près 5 mois que je me pose tous les matins cette question sans y avoir jamais répondu:
Pourquoi lorsque je surélève mon pommeau de douche, l'eau parait-elle tout de suite plus froide, de sorte qu'il me faille tourner le robinet d'eau chaude pour garder la même température?