vendredi 29 juin 2007

Cliché

C'est à chaque fois dans les périodes de transition que la vie m'a reservée ses plus grandes surprises.

Je me souviens d'un voyage au Québec que je fis pour un stage au Ministère de la Culture. Dès mon arrivée, je ne sais pourquoi, le patron de l'hôtel me prenait à part de mes congénaires francais pour me causer de sa vie, de son hôtel et de son bar.

Je recois ainsi souvent les confidences des inconnus. Je m'y suis habituée, c'est que je dois inspirer confiance. Un mélange de discrétion et de curiosité qui les incite à me révéler leur intimité. Ils profitent de ma page blanche pour m'écrire un mot. Et puis, nous ne nous reverrons pas, autant se livrer.

J'aime leur demander de quoi ils sont fiers dans leur vie. C'est une des clés qui permet d'ouvrir beaucoup de gens.

Son hôtel bar à lui est un hôtel gay. J'aurais juste du comprendre cela en voyant le drapeau arc-en-ciel à l'entrée, mais ce sont en fait les films pornographiques diffusés dans le bar qui m'ont rendu les choses plus claires (encore que, sans mes lunettes, je n'étais pas sure d'avoir bien vu). La chose me fut confirmée alors que je trouvais menottes, ceintures de chasteté et magazines gay dans les tiroirs des chambres.

Me voilà donc à causer avec l'aimable patron et son charmant accent. Je lui demande comment fonctionne un bar, comment les bières pression peuvent arriver si les stocks sont en bas, et tous ces pourquoi d'un gamin qui découvre la vie. Il m'invite à passer derrière les rideaux (j'ai toujours adoré les coulisses) et me montre la "salle des machines". Il me donne des moments à lui, des moments de son privé que je n'aurais jamais connus si cet homme n'était pas passé par ma vie un jour.

Je m'intéresse peut-être plus pour lui que pour moi, j'aime qu'il soit heureux de me raconter tout cela. Ce sont mes moments parfaits à moi, très peu sartriens, ceux-là. Et mes questions sont mon arme favorite pour éviter qu'il ne me regarde: je détourne son propre regard vers lui. Il adore se raconter et m'invite à faire la tournée des bars.

Nous passons de terrasses en terrasses, je découvre les bières québécoises, on parle beaucoup, à bâtons rompus, loin des conventions et des paroles conditionnés. C'est la vie qui se donne, un vrai partage sans crainte, sans retenue.

Revenus à l'hôtel, il me dit encore:
"Viens don', je vais tse montrer queque chose qu'aucune femme n'a uncore jamais vu, lô."
J'arrive dans une salle sombre, une sorte de labyrinthe au sous-sol (en me relisant, je me demande comment j'ai pu accepter; d'autant que j'appris plus tard qu'un meurtre (!) avait eu lieu un mois auparavant dans l'hôtel).
"C'est moi qui ai battsi tout ca, lô". C'est en fait la boîte gay attenante au bar, strictement interdite aux femmes. Un labyrinthe pour que les hommes puissent se toucher plus facilement... A chaque recoin, des objets sordides: chaise de dentiste, fouets tressés pour faire le socle d'une chaise dont les 4 coins sont attachés au mur par des chaines, et autres objets diverses et variées tout droit sortis de l'imagination du patron. Pour de vrai devant moi...

Cela me fait rire, finalement Et plutôt que d'y voir la lubricité, j'y vois la ludicité. Après tout, chacun fait ce qu'il veut, et cet Eurodisney du gay me fait plutôt marrer. Ce que j'en retiens seulement est le goût si particulier qu'avait cet homme et la confiance qu'il m'avait donné en quelques heures.

Un goût très particulier, très enfantin malgré les salasseries...

A côté, le stage "prestigieux" que je faisais par piston, les voyages en jet avec la ministre, les personnalités politiques que je rencontrais, les réceptions et les discours, tout cela m'a paru sans goût, absolument conventionnel.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Mais... tu devais être à peine majeure !

Anonyme a dit…

"0 commentaire"... c'est vexant !

-M- a dit…

"Après tout, chacun fait ce qu'il veut" :!!!!
Si seulement tu pensais ces mots, ça glisserait....

Sinon, moi aussi, je dois inspirer confiance depuis tous temps car les gens viennent constamment à moi.

Là est peut-être notre point commun : le plaisir de l'écoute.

Anonyme a dit…

Le compteur de commentaires refonctionne... il avait omis ma première intervention...


Plaisir de l'écoute ou recherche du frisson (pour eux) ? ;-)

-M- a dit…

Sucer, être à l'écoute : même combat!

Anonyme a dit…

J'enends bien les frissons que tu procures...

Mais quel équivalent pour l'homme qui écoute ? Un cunni ?

-M- a dit…

Non, de l'amour juste.

Anonyme a dit…

Excellente réponse qui a tout mon assentiment.

Et la rhétorique ayant pour limite le ridicule, je ne poursuivrai pas en demandant quel est l’équivalent de l’amour pour la femme.