Il est loin le temps de l'enfance, ce temps où l'éternité est un quotidien. Je suis encore jeune aux yeux des vieux (et pour cause) mais je me sens déjà proche de l'issue... Je m'agite en tout sens en me disant que je ne sais pas dessiner, que je ne sais pas programmer sur un ordinateur, que je n'ai pas eu le temps de monter ce groupe et de me mettre à la batterie, que je n'ai toujours pas repris mes études de biologie, que je n'ai pas écrit ce bouquin rêvé, que je n'ai pas composé, que je n'ai étudié la philosophie comme je le voulais. J'ai peur d'oublier mes désirs, je devrais les noter consciencieusement: "liste d'envie en cas de déprime", "nourriture terrestre à utiliser en cas d'inaction adulte", "liste de choses à accomplir avant de mourir".
J'ai essayé de me remettre au dessin tout à l'heure, une photo de moi petite, qui regarde vers le haut alors que je grimpe à un arbre. J'étais belle, petite, avec ces grands yeux très en amande, des yeux attirés, curieux de voir ce qui passerait tout en haut, et ce demi-sourire amusé tout autant que craintif. Un regard vif et profond, tourné vers les cieux, vers la cime. Une sorte d'aspiration respectueuse, pieuse de la vie. Une envie. Comme j'aimerais retrouver ce regard...
Comment dessiner une envie? Comment dessiner un enfant dont les traits sont encore si peu marqués, sans le vieillir? Mais mes traits à moi, sont désormais marqués, marqués par le temps, un temps qui s'enfuit, le temps qui passe. Je suis aujourd'hui en haut de la cime et je regarde le chemin parcouru. Ce n'est pas si intéressant que je le croyais, tout en haut... On surplombe, mais il n'y a plus de possibilité d'aller plus haut. La vie sera désormais redescente comme après un shout, pourvu que je ne m'écrase pas, la vie est fragile et emporte qui elle veut aux moments les moins opportuns, ou pas.
Pourtant, je fais la génération d'aujourd'hui, nous sommes à notre âge les actuels décideurs de monde, nous le fabriquons à notre envie, ce qui n'est pas le cas quand on est petit: je peux décider le monde. Mais je n'ai plus ni le temps ni la foi. Je dessine trop vite, je perds ma patience. Vite, demain tu es morte. Comment pouvoir se concentrer et retrouver cette foi qui abolit toute notion de temps et me permettait de dessiner en prenant mon temps?
dimanche 11 mai 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
1 commentaire:
Chapeau!
Tu aurais désigné dans ta liste de désir celui de m'émouvoir, tu aurais remporté la manche.
Le pire, c'est que je suis sérieuse.
Enregistrer un commentaire